Hépatites B et C en Afrique : plus de 90 millions de vies concernées, une riposte qui s’organise
Silencieuses pendant des années, les hépatites virales B et C tuent pourtant en masse et frappent l’Afrique de façon disproportionnée. À l’approche de la Journée mondiale de lutte contre les hépatites, célébrée chaque 28 juillet à l’initiative de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le continent tente de transformer un constat alarmant en plan d’action. Entre dépistage insuffisant, vaccin efficace et traitements désormais curatifs, l’enjeu est immense.
Les chiffres donnent le vertige. Selon l’OMS et les Nations unies, plus de 90 millions d’Africains vivent avec l’hépatite B ou C, ce qui place le continent au premier rang du fardeau mondial de ces maladies. À l’échelle de la planète, l’OMS estime qu’environ 254 millions de personnes vivent avec l’hépatite B chronique et plusieurs dizaines de millions avec l’hépatite C. Ces infections seraient responsables d’environ 1,3 million de décès chaque année, la plupart provoqués par le cancer du foie et la cirrhose, deux complications tardives d’une infection restée longtemps silencieuse.
Ces données restent des estimations, que les autorités sanitaires révisent régulièrement à mesure que le dépistage progresse. Mais la tendance de fond ne fait guère débat : l’Afrique porte une part du fardeau sans commune mesure avec sa population, et de nombreux cas échappent encore aux statistiques faute de diagnostic. Le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique appelle d’ailleurs, à chaque édition de la Journée mondiale, à intensifier les actions de lutte et de prévention sur le continent.
Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cette surexposition. L’hépatite B se transmet principalement de la mère à l’enfant au moment de l’accouchement, ainsi que par le sang et les rapports sexuels non protégés. Dans les régions où la vaccination du nourrisson n’a pas été universelle pendant des décennies, le virus a circulé de génération en génération, installant une prévalence élevée dans la population générale.
L’hépatite C, elle, se propage surtout par le sang : matériel médical mal stérilisé, transfusions non sécurisées par le passé, gestes de soin ou pratiques traditionnelles à risque. À ces facteurs biologiques s’ajoutent des obstacles structurels : systèmes de santé sous tension, accès inégal aux tests, coût des examens et des médicaments, et surtout une méconnaissance très répandue de ces maladies. Beaucoup de personnes n’ont jamais entendu parler du dépistage des hépatites, alors même qu’elles pourraient être concernées.
C’est sans doute le point le plus préoccupant. L’hépatite B comme l’hépatite C évoluent le plus souvent sans symptôme pendant des années, parfois des décennies. Résultat : la grande majorité des personnes infectées ignorent totalement leur statut. Elles ne se savent malades que lorsque le foie est déjà gravement atteint, au stade de la cirrhose ou du cancer, quand les options thérapeutiques se réduisent.
Cette invisibilité entretient un cercle vicieux. Sans diagnostic, pas de traitement ni de mesures pour éviter la transmission à l’entourage. Renforcer l’offre de dépistage, la rendre accessible et abordable, notamment lors des consultations prénatales et dans les structures de santé de proximité, apparaît donc comme la première marche de toute stratégie efficace. C’est aussi la condition pour donner une réalité aux objectifs d’élimination fixés à l’horizon 2030.
La bonne nouvelle, c’est que la médecine dispose aujourd’hui d’armes solides. Contre l’hépatite B, il existe un vaccin sûr et efficace. Les spécialistes insistent tout particulièrement sur la dose administrée à la naissance, considérée comme un rempart déterminant pour couper la transmission de la mère à l’enfant, principale voie de contamination sur le continent. Généraliser cette dose dans les maternités constitue l’un des leviers les plus prometteurs.
Contre l’hépatite C, la révolution est venue des antiviraux à action directe. Alors qu’elle était autrefois difficile à soigner, cette infection se traite désormais par voie orale et se guérit dans la grande majorité des cas, souvent en quelques semaines. Le défi n’est plus scientifique mais logistique et financier : il faut que ces traitements soient disponibles, connus et payables pour les populations qui en ont besoin. Deux maladies, deux réponses complémentaires : prévenir l’hépatite B par le vaccin, guérir l’hépatite C par le médicament.
L’Afrique de l’Ouest illustre bien l’ampleur du défi. Au Burkina Faso, les hépatites B et C seraient à l’origine de près de 900 décès chaque année. La prévalence de l’hépatite B y est estimée à 9,1 % en population générale et celle de l’hépatite C à 3,6 %. Chez les femmes enceintes, l’hépatite B tournerait autour de 5,9 % selon une sérosurveillance menée en 2025. Face à cette situation, les autorités nationales se sont fixé un objectif ambitieux : réduire de 75 % les nouvelles infections d’ici 2030, dans le cadre d’un plan intégré associant la lutte contre le VIH, les infections sexuellement transmissibles et les hépatites, autour de quatre piliers, prévention, vaccination, dépistage et accès au traitement.
À l’autre bout du continent, l’Égypte fait figure de modèle. Longtemps parmi les pays les plus touchés au monde par l’hépatite C, elle a mené une campagne nationale d’une ampleur inédite, connue sous le nom de « 100 Million Seha », combinant dépistage de masse et mise sous traitement. Résultat : une chute spectaculaire de la prévalence, au point que le pays est aujourd’hui cité en exemple pour l’ensemble de l’Afrique. La démonstration est claire : quand la volonté politique, les moyens et l’organisation sont réunis, l’élimination de l’hépatite C n’a rien d’une utopie.
Reste que la volonté ne suffit pas sans ressources. Déployer une dose de vaccin à la naissance dans chaque maternité, équiper les centres de santé en tests, former le personnel, garantir un approvisionnement continu en antiviraux et rendre les traitements accessibles au plus grand nombre : tout cela suppose un financement durable. Or les hépatites ont longtemps été les parentes pauvres des politiques de santé mondiales, éclipsées par d’autres priorités.
L’intégration des programmes, sur le modèle burkinabè qui rassemble VIH, IST et hépatites dans un même dispositif, est présentée comme une piste d’efficacité : mutualiser les circuits de dépistage, les laboratoires et les équipes permet de faire plus avec des moyens contraints. Les campagnes de sensibilisation, en particulier autour du 28 juillet, jouent aussi un rôle essentiel pour lever les tabous, informer sur les modes de transmission et encourager chacun à connaître son statut.
La communauté internationale s’est engagée à éliminer les hépatites virales comme menace de santé publique d’ici 2030. À quatre ans de cette échéance, l’Afrique se trouve à la croisée des chemins. Les outils existent : un vaccin qui protège, des tests qui révèlent, des médicaments qui guérissent. L’exemple égyptien prouve que des progrès rapides sont possibles, tandis que des pays comme le Burkina Faso posent les bases de plans structurés. Le principal obstacle n’est plus l’ignorance des solutions, mais leur mise à l’échelle. La Journée mondiale du 28 juillet est l’occasion de rappeler une évidence trop souvent oubliée : contre les hépatites, savoir, c’est déjà se donner une chance.
Cet article a une vocation d’information générale de santé publique. Il ne constitue pas un avis médical. Pour toute question personnelle relative au dépistage, à la vaccination ou à un traitement, consultez un professionnel de santé qualifié.

