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Afrique Australe

Afrique australe : la lente convalescence des champs, deux ans après la grande sécheresse

À l’hiver austral 2026, les silos de Zambie débordent et les greniers du sud de Madagascar restent presque vides. Entre ces deux images tient toute l’histoire d’une région qui se relève, inégalement, de la pire sécheresse de sa mémoire récente. Deux campagnes agricoles après le choc El Niño de 2023-2024, l’Afrique australe n’est plus en état d’urgence généralisée, mais sa convalescence reste fragile et à plusieurs vitesses.

Le choc de 2023-2024, rappel d’une année sans pluie

La saison 2023-2024 restera comme une anomalie climatique de référence. Sous l’effet d’un épisode El Niño particulièrement intense, l’Afrique australe a connu, selon le Programme alimentaire mondial (PAM), son mois de février le plus sec depuis un siècle, avec environ 20 % des précipitations habituelles et des températures nettement au-dessus des normales. Le maïs, qui fournit près d’un cinquième des calories consommées dans la région, a été frappé au cœur de son cycle de croissance.

Les conséquences ont été massives. Le PAM a estimé à plus de 30 millions le nombre de personnes affectées par la sécheresse, tandis que plusieurs pays — Malawi, Zambie, Zimbabwe et Namibie notamment — décrétaient l’état de catastrophe ou d’urgence nationale. Le Classement intégré de la sécurité alimentaire (IPC) a chiffré à environ 48 millions les personnes en insécurité alimentaire aiguë dans neuf pays de la SADC lors du pic 2024-2025, un total qui agrège il est vrai plusieurs facteurs, la sécheresse s’ajoutant à des chocs économiques préexistants. En mai 2024, la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) lançait un appel régional de 5,5 milliards de dollars. La FAO, elle, décrivait dès avril 2024 « un virage brutal vers le pire », avec 16 millions de personnes déjà en insécurité alimentaire aiguë sur les seuls premiers mois de l’année.

2025, le retour des pluies et le rebond des greniers

La bascule attendue vers des conditions La Niña, anticipée par la FAO dès le printemps 2024, s’est traduite par un régime pluviométrique globalement plus clément pour la campagne 2024-2025. Le résultat s’est lu dans les champs. En Zambie, où la moisson 2024 avait été qualifiée par les autorités agricoles de « pire de mémoire d’homme », la production de maïs a rebondi d’environ 25 % en 2025, revenant autour de 3,9 millions de tonnes. Chez le voisin sud-africain, premier producteur régional, la récolte de maïs a bondi de quelque 23 % pour atteindre 15,8 millions de tonnes.

Ce rebond n’a toutefois pas effacé les déficits partout. Le Mozambique a enregistré une deuxième campagne consécutive en dessous de la moyenne, la reprise des semis peinant dans les zones semi-arides du sud et du centre. Dans le Grand Sud de Madagascar, le « kere » — la faim endémique de cette région aride — a persisté, entretenu par des rendements toujours insuffisants en manioc et patate douce. Autrement dit, 2025 a été l’année où la région a cessé de s’enfoncer, sans revenir pour autant à l’équilibre.

2026, une reprise à géométrie variable

La campagne 2025-2026, dont les récoltes s’achèvent en cet hiver austral, confirme une reprise réelle mais inégale, selon les perspectives publiées par FEWS NET en juin 2026. Le contraste régional est saisissant :

  • Zambie : récolte de maïs record, estimée autour de 4,9 à 5 millions de tonnes, présentée par le ministère de l’Agriculture comme la plus élevée jamais enregistrée. Stocks reconstitués et pouvoir d’achat des ménages amélioré.
  • Zimbabwe : situation redevenue globalement stable dans les zones excédentaires, avec des prix du maïs en repli, mais des poches de déficit persistantes dans les districts secs.
  • Malawi : rendements nationaux proches de la moyenne, mais un sud du pays toujours déficitaire, où des tensions alimentaires sont attendues pendant la soudure d’octobre à janvier.
  • Lesotho : récoltes supérieures à la moyenne au nord, mais dégâts localisés au sud, où des pluies tardives et un engorgement des sols en avril-mai ont endommagé des cultures.
  • Mozambique et Madagascar : récoltes de nouveau inférieures à la moyenne ; le Grand Sud malgache reste la zone la plus tendue de la région.

La photographie d’ensemble est donc celle d’une région coupée en deux : un bloc central et septentrional qui a renoué avec des récoltes correctes à excellentes, et une frange méridionale et insulaire où la reconstitution des stocks reste laborieuse.

Semences, sillons et savoir-faire : la résilience à l’œuvre

Derrière ces chiffres, une transformation plus discrète est à l’œuvre : l’adaptation des pratiques agricoles. Au Zimbabwe, la méthode Pfumvudza — une agriculture de conservation à base de micro-parcelles travaillées à la main, de trous de plantation espacés et de paillage retenant l’humidité du sol — s’est diffusée à grande échelle. Adoptée officiellement en 2020, elle concernait plus de 3,5 millions de participants en 2024, une étude gouvernementale de 2023 suggérant que 84 % des ménages ruraux la pratiquaient. Sur le terrain, l’adhésion est concrète, comme le résume l’agriculteur Landlots Kuutsi, cité par Dialogue Earth :

« Je continuerai à jamais de pratiquer le Pfumvudza, car il me garantit de meilleures récoltes qui nourriront ma famille jusqu’à la prochaine saison. »

À cette agriculture de conservation s’ajoute le levier des semences. Les variétés de maïs tolérantes à la sécheresse, à cycle court, développées notamment par les centres de recherche régionaux et les semenciers locaux, deviennent un outil de planification recommandé face à l’irrégularité des pluies. Les organisations agricoles régionales misent en parallèle sur l’agriculture intelligente face au climat et les services de conseil numériques pour outiller les petits producteurs. L’aide alimentaire, elle, reste un filet de sécurité indispensable mais sous tension : au Mozambique, faute de financements suffisants, le PAM a dû réduire le nombre de bénéficiaires dans le nord et chiffrait à 78,8 millions de dollars ses besoins pour la seule période de novembre 2025 à avril 2026. La résilience se construit ainsi sur trois piliers — semences, pratiques culturales, assistance ciblée — dont aucun ne suffit seul.

L’ombre d’un nouvel El Niño

La convalescence pourrait toutefois être écourtée. Les prévisionnistes surveillent l’émergence d’un nouvel épisode El Niño pour la saison des pluies 2026-2027. Selon une note de Welthungerhilfe de juin 2026, la période critique se situe non pas dans l’hiver austral actuel, saison sèche, mais bien à partir de la fin 2026 : le message des experts est moins d’anticiper une catastrophe certaine que d’engager dès maintenant la préparation, en surveillant la disponibilité des semences et en privilégiant les variétés tolérantes à la sécheresse. FEWS NET n’exclut pas, dans son scénario de juin 2026, un retour à des conditions plus sèches et chaudes susceptibles de peser sur la prochaine campagne.

Deux ans après la grande sécheresse, l’Afrique australe offre donc un tableau nuancé : des greniers zambiens pleins, un Grand Sud malgache toujours à la peine, et partout des paysans qui apprennent à cultiver autrement. La vraie mesure de la résilience régionale ne se lira pas dans les records de 2026, mais dans la capacité des champs à encaisser le prochain caprice du climat, déjà annoncé à l’horizon.

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