CAN féminine 2026 : Jorge Vilda dévoile les 26 Lionnes pour défier le continent à domicile
À trois jours du coup d’envoi de « sa » Coupe d’Afrique des nations féminine, le Maroc a abattu ses cartes. Le sélectionneur Jorge Vilda a dévoilé une liste de vingt-six joueuses taillée pour aller chercher, à domicile, le titre continental qui manque encore à un palmarès en pleine construction. Entre cadres expérimentées et pari sur la jeunesse, tour d’horizon des Lionnes de l’Atlas avant l’entrée en lice.
C’est au Complexe Mohammed VI de football que le staff marocain a rendu public, le 17 juillet, le groupe retenu pour le tournoi. Vingt-six joueuses composent cette liste élargie, répartie entre trois gardiennes, huit défenseures, six milieux et neuf attaquantes. Un dosage qui traduit une intention claire : s’appuyer sur une assise défensive solide tout en conservant un large éventail de solutions offensives, à l’image d’une équipe qui veut peser sur chacun de ses matches plutôt que subir.
Le choix d’une liste fournie n’a rien d’anodin. Dans un format condensé où les organismes seront sollicités tous les trois ou quatre jours, sous la chaleur de l’été marocain, la profondeur de banc devient une arme à part entière. Jorge Vilda, arrivé avec l’étiquette de technicien passé par le football féminin espagnol au plus haut niveau, dispose désormais d’un effectif capable d’absorber les rotations sans perdre en intensité. Le message envoyé au continent est limpide : le pays hôte se présente en candidat, pas en simple organisateur.
Au cœur de ce dispositif, un nom fait consensus : Ghizlane Chebbak. La capitaine, figure de proue du football féminin marocain, mène le contingent du milieu de terrain et incarne la continuité d’un projet lancé il y a plusieurs années. Son leadership, son expérience des grands rendez-vous et sa capacité à faire le lien entre les lignes en font la pièce maîtresse autour de laquelle Vilda a bâti son ossature.
Autour d’elle, le sélectionneur a reconduit l’épine dorsale qui a hissé le Maroc parmi les nations qui comptent : de la gardienne chevronnée Khadija Er-Rmichi aux attaquantes Ibtissam Jraidi, Sanaa Mssoudy et Fatima Tagnaout, en passant par la défenseure Nouhaila Benzina. Cette colonne vertébrale, rompue aux joutes internationales, constitue le socle d’expérience indispensable pour aborder un tournoi où la pression du public, si elle peut porter, peut aussi peser lourd sur de jeunes épaules.
La grande curiosité de cette liste répond au nom de Kautar Azraf. À dix-huit ans, l’attaquante formée et passée par les rangs du FC Barcelone découvre sa première grande compétition continentale avec les A. Sa sélection illustre la stratégie de fond du football marocain : nourrir l’équipe nationale d’un vivier de jeunes talents formés dans les meilleures académies, ici l’une des plus réputées du monde.
Faire cohabiter cette fougue avec l’expérience des cadres, c’est tout l’équilibre que devra trouver Jorge Vilda. L’intégration d’une pépite de dix-huit ans à un groupe qui joue à domicile, avec l’obligation de résultat qui l’accompagne, est un pari calculé. Mais c’est aussi le signe d’une profondeur de génération qui n’existait pas il y a encore quelques années, et qui place le Maroc dans une logique de long terme, au-delà du seul tournoi qui s’ouvre.
Cette liste dit d’ailleurs quelque chose de la trajectoire du football féminin marocain dans son ensemble. La répartition entre joueuses évoluant au pays et expatriées dans des championnats étrangers plus exposés traduit une professionnalisation qui s’accélère. Chaque sélection en tournoi majeur devient une vitrine susceptible d’ouvrir des portes à l’international, d’attirer les recruteurs et de tirer vers le haut tout le vivier national. Pour Vilda, l’enjeu est de convertir ce potentiel individuel en cohérence collective sur un temps de préparation forcément compté.
Le tirage n’a pas fait de cadeau aux hôtes. Versé dans le groupe A, le Maroc y retrouvera le Sénégal, l’Algérie et le Kenya. Un plateau relevé, où chaque adversaire présente un profil de danger distinct. Le duel face à l’Algérie promet des étincelles : au-delà du terrain, ce derby maghrébin charrie une charge symbolique et populaire considérable, de quoi électriser les tribunes. Le Sénégal, en plein essor sur la scène féminine, s’annonce comme un test athlétique et tactique de premier ordre, tandis que le Kenya visera le coup d’éclat.
Dans ce format élargi à seize équipes, réparties en quatre groupes de quatre, l’enjeu de la phase de poules dépasse la simple qualification. La place obtenue conditionne la suite du parcours, et un faux pas initial peut compliquer tout le tableau. Pour le pays organisateur, l’objectif est double : assurer la sortie de groupe et le faire avec la manière, afin d’installer une dynamique et un rapport de force psychologique avant les matches couperets.
Le tournoi qui s’ouvre le 26 juillet, pour se refermer à la mi-août, n’est plus tout à fait celui d’hier. Élargie à seize équipes réparties en quatre groupes de quatre, la compétition a changé d’échelle et offre à un plus grand nombre de nations une fenêtre sur la scène africaine. Pour le Maroc, qui accueille l’événement pour la troisième fois consécutive, cette montée en gamme est aussi un défi logistique et populaire : remplir les enceintes, faire vibrer les villes hôtes et prouver, une nouvelle fois, sa capacité à organiser un grand rendez-vous continental.
L’avantage du terrain est un atout précieux, mais à double tranchant. Jouer chez soi, devant des tribunes acquises à sa cause, décuple l’énergie ; c’est aussi s’exposer à une attente qui ne tolère pas l’à-peu-près. Les Lionnes le savent : chaque match sera scruté, commenté, vécu comme un événement national. La gestion de cette ferveur, aussi grisante soit-elle, fera partie intégrante de la performance. Vilda devra veiller à ce que la pression reste un moteur, jamais un poids.
Si l’attente est si forte, c’est que le Maroc arrive à ce rendez-vous avec un compte à régler. Finaliste des deux dernières éditions, le pays hôte a chaque fois buté sur la dernière marche : battu en finale par l’Afrique du Sud en 2022, puis par le Nigeria en 2025. Deux désillusions à domicile ou presque, qui ont forgé une génération et nourri une faim de revanche. Organiser une troisième édition consécutive sur ses terres offre l’occasion rêvée de transformer ces regrets en sacre.
Au-delà du prestige, le tournoi ouvre aussi des perspectives concrètes. Dans un cycle mondial en pleine expansion, la Coupe d’Afrique des nations féminine sert de rampe d’accès vers la Coupe du monde, et les meilleures nations du continent y joueront gros dans la course aux billets planétaires. Pour le Maroc, briller à domicile serait la meilleure des vitrines, aussi bien sportivement que pour la popularisation d’un football féminin en plein boom dans le royaume.
À l’aube du coup d’envoi, le Maroc avance donc avec une liste qui conjugue expérience et audace, un cadre tactique clair et un public prêt à pousser. Rien n’est écrit, tant la concurrence continentale s’est densifiée et tant le poids d’un rendez-vous à domicile peut se muer en fardeau. Mais rarement une sélection marocaine féminine se sera présentée aussi armée à un tel rendez-vous.
Les prochains jours diront si le pari de Jorge Vilda, mêlant les certitudes de Ghizlane Chebbak et l’insouciance de Kautar Azraf, se transforme en épopée. Une chose est sûre : de Rabat à Casablanca, tout un pays retient son souffle, avec l’espoir tenace de voir enfin ses Lionnes rugir jusqu’au bout. Le rideau se lève dans trois jours.


