Basket : l’Ivoirien Daouda Camara rempile à Vitry-le-François pour une cinquième saison
Le club champenois de La Gauloise a annoncé la prolongation de son capitaine en Nationale masculine 3 pour l’exercice 2026-2027. À 35 ans, l’ailier ivoirien, passé par Azur Abidjan et le BC Saint-André-les-Vergers, reste l’un des scoreurs les plus constants du cinquième échelon français.
Il n’y aura pas de changement de cap au gymnase Jean-Bernard. La Gauloise Vitry, club de basket-ball de Vitry-le-François, dans la Marne, a confirmé cette semaine que Daouda Camara restait dans ses rangs pour la saison 2026-2027. Le communiqué diffusé par le club sur ses réseaux tient en quelques lignes, mais il concerne l’une des figures les plus identifiables de son effectif de Nationale masculine 3 : le capitaine, tout simplement.
L’Ivoirien entamera ainsi sa cinquième saison sous le maillot bleu et blanc. Une longévité peu courante à ce niveau du basket français, où les effectifs se recomposent souvent d’une année sur l’autre au gré des mutations professionnelles et des projets sportifs. « Son expérience, son engagement et son état d’esprit continueront d’être des atouts précieux pour le groupe », écrit le club, qui dit avoir hâte de le voir « mener une nouvelle fois l’équipe sur les parquets ».
Arrivé à Vitry-le-François à l’été 2022, Camara y a rapidement pris du galon. Le brassard de capitaine, il ne l’a pas obtenu par ancienneté mais par ce que les entraîneurs appellent, faute de mieux, la présence. Ceux qui ont suivi les rencontres de La Gauloise ces dernières saisons le décrivent volontiers comme un joueur qui parle, qui reprend, qui pousse.
La scène s’est répétée souvent. Lors d’une réception des Alsaciens de Rixheim au gymnase Jean-Bernard, la chaîne locale Puissance Télévision avait filmé un capitaine peu satisfait de l’avance construite à la pause, exigeant davantage de ses coéquipiers avant un troisième quart-temps qui allait finalement faire basculer la rencontre. Victoire 92-77, sourires mesurés, et déjà cette idée en tête dans le vestiaire : il faudra faire mieux pour espérer monter d’un étage.
C’est là tout le contexte de cette prolongation. La Gauloise n’a jamais caché que la Nationale masculine 2 constituait son horizon. Le club évolue en NM3 depuis plusieurs saisons maintenant, avec un noyau qu’il cherche à stabiliser autour de son encadrement, mené par Patrick Virmaux. Conserver son capitaine à l’entame d’un nouvel exercice relève donc moins du geste sentimental que de la continuité assumée.
Le parcours de Daouda Camara commence loin des salles du Grand Est. Né le 29 décembre 1990, il se forme à Abidjan et se fait connaître sous les couleurs d’Azur Abidjan Basketball Club, où il évolue au poste d’arrière-meneur. Assez tôt, la sélection nationale le repère : en 2008, il dispute le championnat d’Afrique U18 avec la Côte d’Ivoire et y tourne à 14,3 points et 3,5 rebonds de moyenne sur huit rencontres, d’après les statistiques de la FIBA. Un profil de scoreur, déjà.
Le passage vers la France ne se fait pas d’un coup. Camara découvre l’Hexagone par Vernon, puis rejoint le Basket Club Saint-André-les-Vergers, dans l’Aube, où il devient une pièce maîtresse et finit par porter, là aussi, le brassard. Un détour éphémère par Coulommiers, à l’été 2019, tourne court : il n’y dispute finalement aucun match et revient dans l’Aube, où sa femme et son fils étaient restés. La chaîne Canal 32 raconte à l’époque un retour préparé physiquement avec l’ancien entraîneur de Sainte-Savine, Saïd Kouskous, et rendu possible par un différend aplani avec le coach dryat Karim Benabidi.
La saison 2019-2020, interrompue par la crise sanitaire, avait pourtant tout d’une belle relance : 17,87 points de moyenne sur neuf matchs de phase retour. Interrogé alors par Sport-Ivoire, il expliquait revenir à son meilleur niveau après quatre mois loin des parquets pour raisons personnelles, et disait viser le plus haut niveau possible tout en connaissant la contrainte des quotas d’étrangers, qui bloque nombre de joueurs africains à l’échelon N2 ou N3.
Le poids des chiffres
C’est cette régularité, année après année, qui a fini par le faire remarquer au-delà de la Champagne. En 2023, Daouda Camara apparaît dans le top 10 des joueurs les plus prolifiques de la Nationale masculine 3 depuis la saison 2016-2017. Avec 1 906 points inscrits, il se classe septième de ce palmarès, devant des joueurs comme Grégory Chevallier, Willyams Sako ou Mladen Loncarevic.
La saison écoulée à ce moment-là, sa première à Vitry, résume assez bien le personnage : 26 rencontres disputées, 470 points marqués, soit 18,08 points de moyenne par match. Le tout à 32 ans, dans un championnat où les organismes commencent généralement à envoyer des signaux.
Interrogé sur ce classement, l’ancien capitaine du BCSA avouait sa surprise avant de mettre en avant ce qui, chez lui, tient de la méthode : « j’ai réussi à atteindre une constance à ce niveau », se félicitait-il, en rappelant travailler la précision et la régularité depuis toujours. Un vocabulaire de technicien plus que de flambeur.
Trois ans plus tard, il figure toujours parmi les cadres offensifs de son équipe, aux côtés de l’Américain Manny Span, d’Ilies Hamlaoui, de Jessy Cantinol ou d’Elijah Bakayoko.
Sur le plan international, le joueur a également répondu présent quand la Côte d’Ivoire l’a appelé. Il compte notamment trois rencontres lors des qualifications à l’AfroBasket 2021, un temps de jeu limité mais qui l’inscrit dans la liste des internationaux ivoiriens de sa génération.
Son cas illustre une réalité peu commentée du basket africain en Europe : celle de joueurs formés sur le continent qui construisent des carrières longues et solides dans les divisions intermédiaires françaises, sans jamais accéder à la vitrine médiatique de la Pro A ou de la Pro B. Ils y deviennent souvent des cadres, des relais de vestiaire, parfois des références locales. Camara appartient à cette catégorie, avec près d’une décennie passée à empiler les points dans des salles où l’ambiance tient au tambour d’un kop plutôt qu’aux écrans géants.
Reste la saison à venir. À 35 ans, Daouda Camara n’est plus le joueur qui doit prouver, mais celui qui doit tenir. La NM3 impose un calendrier dense, des déplacements longs pour des amateurs qui travaillent la semaine, et une exigence de constance qui pèse sur les organismes.
Le club, lui, mise clairement sur ce que l’expérience apporte au reste du groupe. Dans une équipe où cohabitent des profils venus d’horizons différents, y compris des recrues étrangères qui doivent s’adapter vite, la voix d’un capitaine installé depuis quatre saisons vaut souvent autant qu’un système de jeu.
La Gauloise a posé son ambition depuis longtemps : franchir un palier et rejoindre la Nationale masculine 2. Pour Camara, ce serait la manière la plus élégante de conclure un chapitre commencé sur les playgrounds d’Abidjan. Réponse au printemps prochain, sur les parquets.

