Vaccination infantile : le monde progresse, l’Afrique retient son souffle
Le monde vaccine un peu mieux ses enfants, mais l’écart avec l’Afrique se creuse. Publié le 15 juillet 2026, le rapport annuel de l’OMS et de l’UNICEF sur la couverture vaccinale infantile affiche une progression prudente d’un point pour 2025. Derrière cette embellie mondiale, le continent africain reste le théâtre des vulnérabilités les plus tenaces.
Les chiffres sont là, et ils vont dans le bon sens. Selon les estimations conjointes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), publiées à partir des données WUENIC 2025, environ 90 % des nourrissons dans le monde ont reçu au moins une dose du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (le fameux DTC1), soit près de 116 millions d’enfants. Pour le schéma complet à trois doses (DTC3), considéré comme l’indicateur de référence de la performance des systèmes de vaccination, la couverture atteint 85 %, soit environ 110 millions d’enfants protégés.
Par rapport à 2024, la progression est d’un point de pourcentage. C’est modeste, mais dans un contexte marqué par les conflits, les tensions budgétaires et une défiance vaccinale persistante dans certaines régions, ce gain n’a rien d’anodin. Comme le résument les deux agences, la couverture vaccinale mondiale « progresse à petits pas malgré les conflits et l’hésitation », selon le communiqué conjoint publié par l’OMS. Chaque point gagné représente des centaines de milliers d’enfants supplémentaires mis à l’abri de maladies évitables.
Au cœur de l’analyse figure un indicateur devenu central dans le suivi mondial : le nombre d’enfants dits « zéro dose », c’est-à-dire n’ayant reçu aucun vaccin. En 2025, ils étaient 13,5 millions, soit 750 000 de moins qu’en 2024. La tendance est encourageante, mais le chiffre reste vertigineux à l’échelle d’une génération.
Surtout, ces enfants ne sont pas répartis au hasard. Plus de la moitié d’entre eux vivent dans des zones marquées par les conflits ou la fragilité institutionnelle, là où les chaînes d’approvisionnement se rompent, où les centres de santé ferment et où les campagnes de vaccination deviennent des opérations à haut risque. C’est précisément dans ces contextes que l’Afrique subsaharienne concentre une part importante des enfants non vaccinés. Comme le souligne l’UNICEF, atteindre ces enfants suppose des investissements soutenus et un travail de proximité, communauté par communauté, bien au-delà des grandes moyennes statistiques.
Si un chiffre doit retenir l’attention des professionnels de santé publique, c’est celui de la rougeole. Maladie parmi les plus contagieuses connues, elle exige une couverture vaccinale d’au moins 95 % pour interrompre sa circulation. Or, en 2025, la première dose (MCV1) plafonne à 84 % au niveau mondial, et la seconde dose (MCV2) à seulement 77 %. L’écart avec le seuil critique reste considérable.
Les conséquences sont déjà visibles. Au total, 57 pays ont connu des flambées de rougeole en 2025, un signal préoccupant qui témoigne de la persistance de poches de population insuffisamment protégées. La rougeole a ceci de redoutable qu’elle agit comme un révélateur : dès qu’une couverture vaccinale faiblit, elle réapparaît la première, frappant en priorité les nourrissons trop jeunes pour être vaccinés et les enfants dont le calendrier vaccinal a été interrompu. Pour les épidémiologistes, ces résurgences ne sont pas un simple accident de parcours, mais l’indicateur avancé de systèmes de santé sous tension.
Le rapport confirme que trois régions de l’OMS — l’Afrique, la Méditerranée orientale et l’Europe — se situent toujours en deçà des niveaux de couverture atteints avant 2019. Autrement dit, la fenêtre ouverte par la pandémie de Covid-19 sur les systèmes de vaccination ne s’est pas totalement refermée, et le continent africain figure parmi les zones où le rattrapage reste inachevé.
Le tableau n’est pourtant pas uniforme, et certains parcours forcent le respect. Le Soudan enregistre ainsi la meilleure progression mondiale, avec un bond de 35 points de couverture pour le DTC1 et de 22 points pour la première dose contre la rougeole, fruit d’un effort de rattrapage mené dans des conditions difficiles. Cette performance montre qu’avec une mobilisation ciblée, des remontées rapides sont possibles même dans des environnements fragiles.
À l’inverse, d’autres pays reculent. L’Afrique du Sud accuse une baisse de 20 points de couverture DTC1 depuis 2019, un décrochage notable pour un pays doté d’infrastructures sanitaires relativement solides. La Syrie, hors du continent, enregistre elle aussi un recul. Ces trajectoires divergentes rappellent une vérité constante de la santé publique : les acquis vaccinaux ne sont jamais définitifs et peuvent s’éroder rapidement lorsque la vigilance faiblit. Le portail allAfrica a d’ailleurs largement relayé ces contrastes africains, révélateurs d’un continent à plusieurs vitesses en matière d’immunisation.
Un avertissement méthodologique traverse l’ensemble du rapport, et il mérite d’être souligné. Les estimations 2025 reposent sur un socle d’enquêtes nationales particulièrement réduit : seules 18 enquêtes ont été transmises en 2025, contre 50 l’année précédente. Cette raréfaction des données de terrain incite les auteurs à la prudence dans l’interprétation des tendances les plus fines.
Concrètement, cela signifie que certaines évolutions nationales pourraient être révisées à mesure que de nouvelles enquêtes remonteront. Loin d’invalider les grandes tendances mondiales, cette limite invite plutôt à considérer les chiffres pays par pays avec la rigueur nécessaire, sans surinterpréter des variations qui pourraient relever, en partie, de la disponibilité inégale des sources statistiques. Pour l’Afrique, où les systèmes d’information sanitaire restent inégalement développés, cette précaution est d’autant plus pertinente.
Au-delà des chiffres, c’est la question du financement qui inquiète le plus les acteurs de la santé mondiale. La baisse de l’aide publique au développement observée ces dernières années fragilise directement les programmes de vaccination, souvent dépendants de soutiens extérieurs dans les pays à faible revenu. L’avenir de l’Alliance Gavi, principal mécanisme international de financement des vaccins pour les pays les plus pauvres, cristallise ces préoccupations.
L’enjeu est particulièrement aigu pour l’Afrique subsaharienne, où la vaccination des enfants « zéro dose » repose largement sur ces dispositifs mutualisés. Une contraction des financements pourrait non seulement stopper la lente progression observée, mais aussi effacer des gains durement acquis, comme le montre l’exemple des reculs déjà enregistrés dans certains pays. Les responsables de santé publique le répètent : la vaccination est l’un des investissements les plus rentables qui soient, mais ses bénéfices ne tiennent que si l’effort est maintenu dans la durée. Un désengagement financier aujourd’hui se paierait, demain, en flambées épidémiques et en vies d’enfants.
Le rapport OMS/UNICEF 2025 dessine ainsi un paysage en demi-teinte. La progression mondiale est réelle et le recul du nombre d’enfants « zéro dose » constitue une bonne nouvelle. Mais pour l’Afrique, les défis restent entiers : couverture toujours inférieure aux niveaux d’avant 2019, résurgence de la rougeole, dépendance aux financements internationaux menacés. L’exemple soudanais prouve que des progrès rapides sont possibles ; celui de l’Afrique du Sud rappelle qu’aucun acquis n’est garanti. Entre ces deux trajectoires se joue, pour des millions d’enfants du continent, la promesse d’une enfance protégée des maladies évitables. La consolidation de ces gains dépendra, dans les mois à venir, autant de la volonté politique que de la stabilité des financements.
Cet article a une vocation d’information générale de santé publique. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas la consultation d’un professionnel de santé qualifié.


