Le Ghana dévoile un plan solaire de 1,5 GW à Accra : l’Afrique de l’Ouest accélère sur le vert
C’est l’une des annonces phares de la Ghana Investment and Trade Week (GITW) 2026, ouverte cette semaine à Accra : le gouvernement ghanéen a dévoilé un ambitieux plan solaire de 1,5 gigawatt (GW), couplé à des systèmes de stockage par batteries. Une première tranche de 100 mégawatts (MW) doit être lancée dès le mois d’août. Au-delà du Ghana, ce projet illustre l’accélération d’une Afrique de l’Ouest qui mise de plus en plus sur les énergies renouvelables pour électrifier et industrialiser ses économies.
Le plan prévoit le développement de 1,5 GW de capacité solaire à l’échelle industrielle, associée à des systèmes de stockage d’énergie par batteries (BESS, pour Battery Energy Storage Systems). Ce dernier point est déterminant : le principal talon d’Achille du solaire est son intermittence — il ne produit pas la nuit et varie selon la couverture nuageuse. Le stockage permet de lisser la production, de restituer l’électricité aux heures de pointe et de stabiliser le réseau. En intégrant le stockage dès la conception, le Ghana affiche une ambition qui dépasse la simple pose de panneaux.
La mise en œuvre sera progressive. La première étape, une installation de 100 MW, doit voir sa construction démarrer en août 2026. Ce séquençage par tranches est habituel pour les grands projets énergétiques : il permet de tester les modèles de financement, de rassurer les investisseurs et de monter en puissance sans surcharger d’un coup les capacités de réalisation.
Le projet n’est pas pensé isolément. Il s’inscrit dans le programme phare de « l’économie 24 heures sur 24 » (24-Hour Economy), qui vise à faire tourner l’appareil productif ghanéen en continu pour créer des emplois et doper les exportations. Le raisonnement est simple : sans électricité fiable et abordable, aucune usine ne peut fonctionner jour et nuit. Le solaire adossé au stockage est donc présenté comme un levier de compétitivité industrielle autant que comme une mesure environnementale.
Le Secrétariat en charge de l’économie 24 heures sur 24 et de l’accélération des exportations copilote l’initiative, aux côtés d’institutions comme le Centre de promotion des investissements du Ghana (GIPC) et la Chambre ghanéenne de l’industrie de la construction (GhCCI). L’objectif affiché est de réduire les coûts de l’électricité pour les industriels et d’améliorer la compétitivité du secteur manufacturier.
Le choix du GITW 2026 comme cadre de l’annonce n’est pas anodin. Cet événement de trois jours a réuni des délégations de plus de vingt pays, positionnant Accra comme un carrefour d’investissement ouest-africain. « Accroître la transformation et la fabrication locales est essentiel pour créer des emplois, améliorer les exportations et bâtir une économie compétitive », a souligné Augustus Goosie Tanoh, conseiller présidentiel de haut rang, résumant la philosophie du plan.
Pour un pays, dévoiler un tel projet devant des investisseurs internationaux, c’est aussi envoyer un signal de stabilité et de visibilité réglementaire. Les capitaux nécessaires aux infrastructures solaires de grande échelle sont importants ; ils vont là où le cadre est jugé prévisible et les débouchés clairs.
Le Ghana n’est pas un cas isolé. Le voisin togolais a bénéficié d’un financement de la Banque africaine de développement (BAD) de 26,5 millions d’euros pour la construction d’une centrale solaire, et a lancé des appels d’offres pour électrifier des dizaines de localités par le solaire. La Côte d’Ivoire, de son côté, a inauguré ces derniers mois de nouvelles centrales solaires destinées à des centaines de milliers de ménages. Partout, la même logique : diversifier un mix énergétique longtemps dominé par l’hydroélectricité et le thermique, et répondre à une demande électrique qui croît plus vite que l’offre.
Cette convergence régionale a du sens à l’échelle du marché ouest-africain, où les réseaux tendent à s’interconnecter. Plus les pays développent des capacités propres et pilotables, plus ils peuvent, à terme, échanger de l’électricité et sécuriser mutuellement leur approvisionnement. L’ensoleillement de la sous-région, particulièrement généreux dans les zones sahéliennes et soudaniennes, constitue un atout naturel encore largement sous-exploité.
Reste que l’annonce d’un plan ne vaut pas réalisation. Les grands projets solaires africains se heurtent régulièrement à des obstacles bien connus : bouclage financier plus long que prévu, coût du foncier, raccordement au réseau, maintenance dans la durée. Le démarrage effectif de la tranche de 100 MW en août sera donc un premier test de crédibilité. S’il est tenu, il donnera de la substance à l’ambition affichée à Accra.
Pour les Ghanéens et, plus largement, pour les Ouest-Africains, l’enjeu dépasse la technique : il s’agit d’accéder à une électricité plus fiable, moins chère et moins émettrice, condition d’un développement industriel durable. Le pari solaire de la région se jouera dans les chantiers des prochains mois, bien plus que dans les discours des salons d’investissement.
Sources : NewsGhana, MyJoyOnline, togolais.info, Banque africaine de développement. Faits recoupés sur plusieurs sources concordantes.


